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La diagonale du Perche

Après la traversée de la Mayenne, je suis heureux de reprendre le fil de ma marche vers Jérusalem, là où je l’ai laissé, à Alençon, pour entamer la deuxième station : le Perche.

 

En gare du Mans

Il y a eu pas mal de travaux dans la gare mancelle. La brasserie s’est métamorphosée en carrefour express. Le serveur de l’année dernière est devenu caissier. Il me raconte l’histoire : la brasserie appartenait à un groupe italien -Autogrill- un géant mondial de la restauration sur les réseaux de transport. Depuis une petite année, Elior, géant de la restauration collective, concurrent de Sodexo, mène une politique agressive de diversification. A la faveur d’un accord avec la SNCF, elle implante ses franchises dans les gares.
Ainsi, lorsqu’un grand groupe de restauration veut se diversifier vite et fort , il ne développe pas son propre réseau mais préfère devenir le franchisé d’autres grands groupes. Elior a donc ouvert des magasins Paul (enseigne du groupe Holder), Carrefour Express, et Factory and co. Dans ce maillage infernal, personne bien entendu n’a envisagé l’idée de consulter ceux qui travaillaient là, dans la gare. En passant de chez Autogrill à Elior, l’ex-serveur m’a confié qu’il s’ennuyait ferme lors des longues après-midi derrière la caisse déserte du carrouf express. Ça ne l’a pas empêché de garder son goût des autres et sa joie de vivre. Je lui achète des piles pour ma frontale puis je file sur le quai pour ne pas louper mon train. Sur la ligne Le Mans-Alençon, on dirait traverser un pays abandonné, friches industrielles, gares désaffectées et maisons en ruine.

Le dernier repas

Alençon. Je retrouve ma belle ville étape. Les immenses hangars de Moulinex sont désaffectés mais le centre-ville est bien vivant et plein de charme. Je rentre dans la librairie « le passage », histoire de charger un peu mon sac pour la semaine.Un jeune écrivain biche devant un petit groupe de lecteurs aux cheveux gris. C’est un certain Jean-Baptiste André qui présente son premier roman, Ma reine. Avant d’écrire, il était réalisateur aux états-unis. Il nous raconte sa fatigue et son dégoût pour le monde du cinéma, gangrené par l’argent. Son premier film, avec des tout petits moyens nous dit-il, avait déjà un budget de 1 million d’euros, son deuxième 7 millions !

Je vais prendre mon dernier repas dans un resto. Il est encore un peu tôt, j’ai le temps d’entrer dans la basilique. J”entends des chants, au fond, dans l’abside ; Je me rapproche jusque derrière le maître-autel, il y a là un prêtre qui dit la messe devant une vingtaine de fidèles, de tout âge.. Je me joins à eux. La réception de l’eucharistie, c’est la formule complète, le pain et le vin. J’avais oublié mais les curés ne mettent pas de rouge dans le calice, ça tâche trop. Il s’agit d’un très bon blanc, onctueux et généreux, très fruité, style coteaux du layon. L’occasion est trop belle. Je change mes plans, ça sera mon dernier repas jusqu’à Blois.

Le premier jour

A Saint Rigomer-des-bois, j’entre dans la forêt .de Perseigne, l’extrême orient du massif armoricain. Loin des clichés de la forêt silencieuse et mystérieuse, J’ai découvert des forêts bruyantes et agités comme des centre-villes. A peine entré, on entend tirer, élaguer, débarder. ça tronçonne et ça sonne. A force, j”ai vraiment fini par confondre les bruits des cornes de chasse et celui des tronçonneuses. Je suis d’abord accueilli par une haie d’honneur de papys chasseurs, portant des oxymores en anorak : orange fluo et motifs de camouflage. A midi, je croise deux chevaliers, des bûcherons élagueurs, armurés, casqués, ils portent leurs longues lames sur l’ épaule, lames aux chaînes affûtées. Ils sont reliés par leur baudrier à une grosse corde de sécurité, qu’ils laissent nonchalamment traîner .derrière eux.

 

 

Slam à Mamers

Mamers m’a bluffé. Un jeudi soir, fin janvier, l’office de tourisme est ouvert. L’accueil est très pro et chaleureux. Non seulement on m’aide à trouver un hébergement, mais on m’invite à découvrir une expo photo, et on m’informe des choses à faire en ville ce soir. Deux événements: une soirée ciné-débat sur les accouchements et une soirée slam dans un café-resto, pas si mal pour un jeudi soir dans une sous-préfecture sarthoise.  . Je choisis la deuxième option, je commande une tisane au bar, modestement nommé « Le Lieu », qui se présente comme un « salon salé sucré ouvert aux expressions artistiques ». Deux slameurs vannetais expliquent la naissance du slam, aux états-unis, lorsqu’un groupe a voulu innover lors de soirées poésie en clamant leur texte. Le bar est plein, des jeunes, des vieux, des bières, des planches, des soupes et des poèmes clamés. Lendemain matin, réveil difficile, crâne et bouche pâteuses, quelques douleurs. Il fait encore nuit, sous les halles, deux maraîchers vident leur camion et préparent leur étal.

En sortant de Mamers, je découvre l’antithèse des chemins creux, appelons-le le sentier beauceron. C’est un type de chemin que je vais retrouver au sud-est de Vendôme : le chemin n’est ni creux ni tortueux, mais rectiligne et remonté à niveau des parcelles. À ma gauche, colza, à ma droite, blé, et ça s’inverse de temps en temps. Les parcelles sont immenses et les arbres sont tous repoussés à la lisière, en bois, ou en forêt comme celle de Clinchamps. Plus que des chemins, il s’agit de routes qui quadrillent les champs, pour que les tracteurs puissent accéder à leur lieu de travail.
A la sortie de Mamers, dans ce décor plat et monotone, soudain, le chemin se complexifie, ça se boise, ça se creuse, ça descend, je vais dans le fond de la vallée, là où coule l’orne saosnoise. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu de limousines. J’entends le tracteur qui se rapproche, le paysan amène des petites bottes de paille pour ses bêtes. Bien sûr, c’est le paysan qui détermine le paysage, mais l’inverse est aussi vrai. A quel point le paysage nous influence, déjà, rien qu’en marchant dedans, les idées, les pensées qui nous traversent sont influencés par tout ce qui nous entoure,  alors lorsqu’on y vit dans ce paysage… A Suré, je fais une petite pause sur le perron de l’église. En bas de la place, j’entends la conversation d’un homme au téléphone, il prépare l’enterrement d’un proche : « Je suis tombé de haut, je m’y attendais pas (…) l’arrêt cardiaque, ça prévient pas (…) au repas des amoureux, ça a calmé tout le monde… »

Ça y est, je suis passé de l’autre côté . Une fois franchi les derniers contreforts du massif armoricain, me voici dans le bassin parisien, la terre n’est plus la même, les maisons traditionnelles n’ont pas la même couleur. Le grès et la marne affleurent dans les champs, puis un peu plus à l’est ça sera du calcaire lagunaire, tous ces sédiments profonds déposés pendant la période du Jurassique.

A la Perrière, je viens d’entrer officiellement dans le Parc Naturel Régional du Perche. Sur le site de l’éperon, à l’ouest du village, qui marque une rupture paysagère entre la plaine de Mamers et le relief bosselé du Perche, c’est ici que naissent deux rivières : L’Huisne et l’Eure. Deux sœurs qui partent chaucne de leur côté : la première est affluente de la Sarthe, et la seconde se jette dans la Seine. De là-haut, la vue est plus que brumeuse mais l’église du Rosaire est ouverte et lumineuse, et m’accueille avec des chants de Noël !

Je traverse la forêt de Bellême, là aussi, ça grouille de monde, corne de chasse et tronçonneuse… au bord de certaines routes forestières, les troncs préparés sont alignés. Je n’avais jamais ressenti la forêt ainsi, comme un domaine d’élevage. Comme les vaches, les arbres aussi sont bagués, même si eux, c’est juste après l’abatage. Sitôt sorti de la forêt, j’aperçois là-hauit un village, surplombant toute la vallée, qui pourrait être en Judée-Cisjordanie, le soleil couchant apparaît, le dôme de l’église luit, me voici tout près du but,, je vais suivre l’étoile pour trouver la crèche, à Bellême…. Petite cité pleine de charme, et pas seulement touristique car les nombreux commerces pour ce bourg de 1600 âmes sont ouverts et les rues ne sont pas désertes en cette fin d’après-midi de fin janvier.

 

Objectif Nogent-le-Rotrou

Journée un peu laborieuse. La brume rentre dans ma moelle, aucune rencontre, un paysage morne, bosselé mais édenté, des belles baraques mais pas un chat.. En croisant les chiens, j’ai réalisé que j’étais de mauvaise humeur. Je me suis énervé après un chien pot de colle, j’en ai eu un autre qui me poursuivait pour me chasser, son maître, en train de karcheriser sa porcherie, n’a rien entendu. Sans compter tous les chiens qui s’excitent derrière leur clôture, trop content d’avoir enfin quelqu’un sur qui aboyer.
Farceur, le soleil apparaît au moment même où je franchis le panneau d’arrivée, celui de Nogent-le-Rotrou. Le centre est calme, terne et gris. Si vous aimez rénover, il y a pas mal de maison à vendre, surtout dans l’hyper-centre, au pied du château. Je suis en train de me poser la question d’un éventuel changement d’itinéraire. Je cherche une carte IGN, la 2017SB. Évidemment, on me conseille le leclerc ; Le contraste est saisissant, c’est là que ça se passe, les allées sont des vrais ruches, ça grouille de monde… Retour au calme, retour au centre, je commande une tisane au chaud avec le journal du jour. Je lis les déclarations de Macron, parti faire le zouave en Auvergne à la rencontre du peuple rural, extrait de son discours à Aurières le 25 janvier, témoignage supplémentaire de son inconsistance : « Les crises que nous avons vécues ces dernières années ont eu un résultat : qui était dans l’agriculture sans passion n’est pas resté, a mis un genou à terre et parfois pire »
Dont acte, j’apprends une nouvelle définition de la passion, ça serait donc la capacité à travailler pour payer des dettes, sans se payer, sans congés et sans flancher. Les burn-out et les suicides ne sont que des défauts de passion. Bon alors les gars, qu’est ce que vous foutez ? Passionnez-vous un peu merde !
Dans le même article, comme pour répondre à la sottise de la parole présidentielle, Emmanuel Durand porte la pertinence d’une certaine parole paysanne, en amenant un précepte fondamental dans l’analyse du métier d’agriculteur : « il faut recréer de l’économie directe et cesser de n’être que producteur de matière première. »

 

 

Brouillard, Fillon et les réseaux sociaux d’Authon sur Perche

Dimanche, direction plein sud. Je m’habitue au brouillard, je commence même à bien l’aimer. J’ai intérêt, car dans le Perche, la brume ne se lève pas, elle tombe, toujours plus bas.Quand j’entre dans la forêt sur les chemins interdits, la brume sublime les hêtres et les chênes et m’enveloppe d’un silence puissant, incluant mes pas dans la boue, puis au bout d’une heure, la rumeur de l’A11 me parvient. Même quasi vide, une autoroute produit toujours une rumeur.
Presque sitôt après avoir franchi l’A11, j’arrive à Authon-du-Perche. Il y a un petit collège, puis une salle façon « mille-club ». En remontant vers la place, j’aperçois les premiers étals, aujourd’hui, c’est vide-grenier ! C’est le milieu d’après-midi, il n’y a pas de gros bourg accessible à moins de 8 heurEs de marche, il va bien falloir que je trouve un hébergement ici. Sur la place du marché, il y a pas mal de monde pour un dimanche après-midi froid et gris. Je m’approche d’un brocanteur pour lui demander s’il connaît une chambre d’hôte dans les parages. Il n’est pas d’ici, mais de la Bazoche-Gouet. Il me conseille de demander là-bas, dans le coin, à celui qui vend du vin chaud, il habite ici même , sur la place. Le vendeur de vin, pas très chaud pour m’aider, renvoie la balle à la charcutière, ouverte pour l’occasion ! Je demande donc à la charcutière. Elle non plus, elle ne connaît pas d’hébergement dans le coin, mais elle me désigne une dame en jaune, à 20 m de son commerce : « elle, elle saura sûrement s’il y a quelque chose… ». Je vais donc à la rencontre de la dame en jaune… Non, elle ne sait pas trop… Soudain, son regard s’illumine et elle me montre du doigt … une dame en jaune ! À l’autre bout de la place : « elle, elle a des chambres d’hôtes, à Saint-Bomer, c’est tout près d’ici ! » On se marre, je lui dis que je vais continuer de suivre le fil jaune, et je presse le pas pour ne pas perdre de vue la dame en jaune qui ne s’alanguit pas sur les étals mais qui file.
Un peu surprise et contrariée de se faire ainsi alpaguée, la seconde dame en jaune est plus distante que la première, mais elle a une chambre de libre pour ce soir et elle mon montre son lieu de vie sur ma carte d’état-major. Il est encore tôt, j’erre dans les rues d’Authon, les chineurs remballent, je trouve un bar d’ouvert, alléluia, je me réchauffe un peu avec de l’eau chaude au citron mais ça ne dure pas longtemps, le bar n’est pas chauffé, un couple de vieux entre, elle ballade son chien dans un landeau, La patronne : « elle a le droit à une belle couverture, la chienne»
la dame : « elle n’a pas que celle, ça c’est celle des sorties, en tout, elle en a 14 ! »
le mari : « moi, l’autre jour, je lui ai demandé pour acheter des chaussettes, elles sont toutes trouées, j’ai pas eu le droit. »

Le bar ferme, c’est encore trop tôt pour rejoindre ma chambre, je grelotte, j’erre le long du cimetière, la brume traverse mon ciré jusqu’aux os, mes dents claquent comme dans les dessins animés, les dernières voitures chargées quittent le village. Le deuxième bar, dont j’avais vaguement entendu parler dans le premier, je l’ai trouvé. C’est ouvert, chauffé et sans landau à chien, le grand luxe.

 

Je sors Le Maine Libre, acheté à Mamers, Il y a exactement un an, lors ma marche, arrivée à Alençon, je découvrais la chute de Fillon. Un an plus tard, heureusement, Le Maine Libre nous rassure, Fillon va mieux.
A la une, il est souriant, rayonnant, regard vers l’horizon, il a quitté sa sombre veste matelassée pour une combi blanche immaculée de pilote auto. Le titre « Sa vie un après le Penelopegate, François Fillon semble avoir tourné la page »
Page 2, une photo encore plus grande, gros plan, toujours avec sa tenue blanche, il a enlevé ses lunettes noires pour en mordiller la branche !:
« François Fillon construit une nouvelle carrière dans le monde de la finance tout en restant fidèle à sa passion du sport automobile et à la Sarthe ». Merci Le Maine libre pour pour ton journalisme impertinent et investigateur !

Le soleil se couche, il est temps de rejoindre ma chambre, j’ai encore une bonne demi-heure de marche. C’est en rase campagne, aux terres douces, je dois marcher sur une départementale rectiligne, entre chien et loup, au bord de l’A11, et bien, je ne sais pas si c’est la dopamine, la sérotonine ou l’air flottant qui chatouille mon système neuronal, mais je flotte, tout est léger, mes jambes, mon sac, ma tête, j’aimerais que les terres douces soient loin, très loin, j’aimerai que cette marche dure toute la nuit.

 

La forêt de Groupama

grosse journée aujourd’hui pour atteindre Mondoubleau, toujours plein sud. Je traverse la forêt de Montmirail. J’y entre par la départementale, puis je bifurque sur une belle allée forestière, c’est privé, mais c’est ma route. Je marche à peine fait 50 m que je me fais héler par un gars. Vraiment pas de bol, le proprio de la forêt avait rdv avec des négociants juste ici, juste à ce moment là ! Il m’invite poliment à rebrousser chemin et à retourner sur la bonne voie, la légale :
-«De toute façon, vous êtes coincé, ici c’est à moi, et juste après, là-bas, c’est groupama, et le gardien vous laissera pas passer. » qu’il me fait.
– « Groupama ? »
– »Ben oui, ils achètent des forêts, et ils les revendent au bout de 10 ans »
J’ai eu beau lui dire qu’alors, c’était aussi un peu chez moi, étant donné que je suis sociétaire à Groupama, mais « c’est pas comme ça que ça marche ».
En sortant de Montmirail, toujours plein sud, je suis encore dans l’Eure et Loir, mais très vite, je pénètre dans le Loir et Cher par sa pointe nord ouest. Les haies et les commerces se raréfient, les buttes s’aplanissent, les chemins creux remontent au niveau des colza et des blés, les fermes abandonnées et des maisons à vendre. A force de marcher dans la boue, mes godillots ont fini par céder, leur étanchéité au quelle j’accordais toute ma confiance a lâché.

 

Le Perche Moldave

C’est parti pour les grosses étapes. Ce soir, j’aimerai bien atteindre Vendôme. Début de marche un peu brutal sur une départementale très fréquentée, à cette heure d’embauche, plus à 120 qu’à 80 pour ne pas arriver trop en retard au boulot. Puis enfin je récupère le GR du perche Vendômois.
Avec cette marche, j’ai découvert que le percheron a le dos large et que son pays est vaste. Il ne se cantonne pas aux frontières du parc naturel du perche mais inclue tout ce territoire de transition entre le massif armoricain et le bassin parisien. Mais la région naturelle du Perche est fragmentée administrativement entre 3 régions et 5 départements.
Aujourd’hui Le perche revient dans les appellations de pays touristique mais aussi dans les noms de nouvelles entités administratives, style syndicat de regroupement de com com…
Ainsi, dès le départ, à Alençon, j’étais dans le Perche, dans le pays du perche ornais. À Mamers, j’étais dans le perche saosnois. Me voici donc dans le perche vendômois, en passant par le perche moldave.
Fin janvier sur les chemins du Loir et Cher, c’est vrai qu’on ne croise pas grand monde, mais ça arrive . Je bavarde un peu avec un jeune homme qui ouvrait les volets de sa maison, et qui se demande bien ce que je fais là. Je lui explique, il me demande si je suis prêtre. Un peu plus tard, je croise une femme très souriante qui se promène avec son lévrier. Elle revient d’une ballade sur son Irish cob. Passionnée de cheval, elle a monté toute sa vie. A force de chutes, les petites et les grandes, et une très grave il y a 5 ans, elle est un peu cassée de partout mais grâce à son petit irlandais , elle arrive encore à monter quelques heures plusieurs fois par semaine. J’ai bien senti que ça suffisait à maintenir sa flamme de joie. Ça et son lévrier réformé parce qu’il refusait de courir !
« On s’entend bien, on est pareils ! Vif et libre ! », ainsi conclut-elle notre riche et brève rencontre, qui me donne des pattes ailées jusqu’à Vendôme.

 

 

GDP Vendôme

Je me réfugie au chaud pour prendre une tisane en lisant la presse, plus sérieux que fillon et macron, je lis avec stupeur mais sans étonnement un papier sur les salariés des Ehpad, appelés à une grève nationale intersyndicale ce mardi 30 janvier. L’article de Charlotte Chabas du Monde commence fort : les maisons de retraite, « machines à broyer ». Elle donne la parole aux salariés, extrait :
Mathilde Basset, infirmière de 25 ans seule en poste pour 99 résidents répartis sur les trois étages de son Ehpad de l’Ardèche : « Je ne souhaite à personne d’être brusqué comme on brusque les résidents, [c’est] une usine d’abattage qui broie l’humanité des vies qu’elle abrite, en pyjama ou en blouse blanche. »
Jessica Colson, 34 ans a fait et refait ses calculs. 63 résidents dans son établissement privé de Moselle. 4 aide-soignantes le matin, 2 l’après-midi. Ce qui laisse 4 minutes par patient pour lever, faire sa toilette matinale, changer et habiller. 3 minutes et 20 secondes pour déshabiller, changer, soigner et coucher.
Olga C., 36 ans, qui travaille dans un établissement en Bretagne raconte : « Pour la toilette, c’est la méthode TMC, pour têtes, mains, cul ».
Justine, 29 ans, dont 10 ans comme aide-soignante, raconte ses repas avec « 15 personnes à faire manger en une heure – ça fait 4 minutes par tête ». Alors parfois, certains abdiquent. C’est une assiette ou l’entrée, le plat chaud et le fromage sont mélangés pour réduire la durée du repas. Une bouillie qu’on ne servirait pas à un chien » regrette Justine L., qui désespère de « voir certains résidents se laisser mourir de faim ». « A un moment, la société s’est dit : « Ce n’est plus l’humain qui est important ».
Ce qui est très sain dans toutes ces paroles qui se libèrent, c’est de comprendre que là dedans, tout le monde souffre, les vieux mais aussi les aide-soignants, infirmiers et cadres de santé. Leur rythme de travail devenu infernal au fil des ans les incitent à la maltraitance. La situation est forcément complexe. Nombre de soignants rappellent combien « les choix de la direction peuvent limiter la casse » ou que « des manageurs parviennent à rendre l’environnement respirable ». Tous pourtant déplorent un rythme de travail devenu infernal au fil des ans. D’ailleurs, l’association des directeurs au service des personnes âgées a soutenu le mouvement du 30 janvier.

Alors, à qui profite le crime ? Fin 2016, il y avait 728 000 résidents, le coût moyen d’une chambre est de 2000€ ! Qui s’enrichit ? Qui capte la valeur ajoutée de cette souffrance accumulée? Peut-être ne cite-t-on pas assez souvent des groupes comme Korian, leader européen des Ephad. Dans un entretien à Challenges, Sophie Boissard, la directrice générale, veut rassurer les investisseurs et annonce un chiffre d’affaires pour les 6 premiers mois 2017 de 1,54 milliard et une marge d’excédent brut d’exploitation à 13,5 %. Peut-être ne parle-t-on pas assez souvent du docteur Jean-Claude Marian, président créateur du groupe Orpéa, n°2 européen, 197 ème fortune de France, et qui est fier d’annoncer sur « boursier.com » : « l’historique de nos performances prouve que nous savons augmenter le nombre de lits et la rentabilité ».Sans doute ne parle-t-on pas assez de Jean-François Gobertier, 187 ème fortuen de France, créateur du groupe GDP Vendôme, Yves Journel, 166 ème fortune de France , fondateur du groupe Domus Vi…
Les milieux d’affaires appellent ce secteur l’or gris ! Le vieillissement de la population est un bon filon. Les Ehpad sont très lucratifs. A force de fusion absorption, quelques empires aux jolis petits noms possèdent des centaines d’Ephad, dont le seul but est d’obtenir des taux de rentabilité exceptionnel, étoffé par des subventions d’état.
Quand est-ce que notre société sera-t-elle assez mûre pour refuser ces traitements, et pour avoir enfin le courage d’ouvrir des procès pour désaveu d’humanité.

 

 

La traversée du désert

Dès la sortie de Vendôme, ça a commencé, Sainte-Anne, Crucheray, Pray, Landes-le-Gaulois, la carte IGN m’avait prévenu, une carte désespérément blanche, quadrillée par des chemins rectilignes, des courbes de niveau quasi inexistantes, de très rares tâches vertes, des villages fantômes , c’est la Beauce ! Plus que le grenier de la France, ça me fait penser à une véritable usine à ciel ouvert, blé, colza, colza, blé, lorsque je passe à côté de rares taillis épargnée pour d’impénétrables raisons, j’entends soudain les oiseaux, qui ont enfin trouver un refuge.
Même sur l’île de Sein je pense qu’ il y a plus d’obstacle pour calmer le vent. Ce jour-là, il était vilain, il amenait du froid vicieux par en dessous, pourtant, j’aime bien le vent, mais alors ça ! Salop de vent beauceron.
Une fois passée l’A10, c’est la jungle ! J’ai jamais autant aimé les arbres ! Blois est lotie entre sa forêt domaniale, la forêt de Russy et celle de Boulogne! J’adore arriver à pied dans les villes, d’abord les premières maisons, puis les premiers humains, et puis les premières mots. A Blois, là où je vais rompre mon jeûne, la première parole entendue est celle d’un père parlant à sa fille : « Il faut manger et boire pour pouvoir marcher ».

 

 

 

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